Connus en France pour être les créateurs de la mythique série South Park, Trey Parker et Matt Stone sont aussi célèbres pour leurs œuvres cinématographiques telles que Cannibal ! The Musical, Orgazmo ou encore Team America. Des films où l’on retrouve leur humour à base d’absurde directement hérité des Monty Python (Cannibal) mais aussi la satire de la société chère à South Park avec Team America.
Tout commença en 1995 par une carte de Noël appelée The Spirit of Christmas, narrant le combat entre Jésus et le Père Noël devant les yeux de quatre garçons nommés Stan, Kyle, Cartman et Kenny. C’était en fait une nouvelle version d’un court-métrage animé que Trey avait réalisé 3 années auparavant (et visible dans la vidéo au-dessus !). L’animation était rudimentaire mais l’humour ouvertement trash fit marrer les frères Zucker (les deux des ZAZ, oui), qui devaient trouver une personne pour écrire et réaliser une publicité pour fêter l’anniversaire des studios Universal. Choisissant Parker et Stone, la publicité devient un faux film de propagande hilarant où les deux futurs génies, alors totalement méconnus, ont le loisir de diriger (excusez du peu) : Steven Spielberg, Demi Moore, James Cameron, Sylvester Stallone, Michael J. Fox, Traci Lords ou encore John Singleton. Le film s’appelle Your Studio and You, et est bien évidemment visible sur le net.
En 1996 sort Cannibal ! The Musical,
comédie musicale inspirée d’une histoire
vraie : le procès d’Alferd Packer, premier
condamné po
ur cannibalisme aux Etats-Unis. Distribué par Troma mais
tourné alors que Parker était encore étudiant,
le film comporte un nombre d’idées hallucinant
compensant largement son manque de budget. Parker et Stone
démontrent plus que jamais leur amour pour la comédie
musicale (toutes les chansons sont composées par Parker
himself, comme ce sera le cas pour le reste de sa filmographie),
les débordements gores et l’humour absurde (les
indiens japonais, le chat maléfique, le duel de regards avec
le cheval…)… S’il n’a pas le génie
visuel d’un Peter Jackson, le film peut tout de même
être comparé à Bad Taste de
par sa confection (Parker ne tourne pas les week-ends mais
sèche les cours, filme grâce à son propre
argent avant d’être aidé financièrement)
et son humour rendant hommage aux Monty Python. Évidemment,
Parker et Stone jouent dans le film, tout comme leur pote Dian
Bachar, qui les suivra désormais dans tout leurs
projets.
Fiers de leur première expérience
cinématographique, ils s’attaquent ensuite à un
autre monde qui leur est cher, celui du porno, avec
Orgazmo (1997). L’histoire d’un mormon
(Parker) spécialiste du kung-fu qui va devenir malgré
lui une star du porno pour pouvoir payer son mariage. Le film dans
lequel il joue détrônant Star Wars au
box-office (!!!), il va être difficile pour lui de cacher
à sa future épouse son activité,
d’autant que les producteurs veulent absolument lancer la
suite. Comédie plus classique que Cannibal !
The Musical (et donc peut-être un chouilla moins
drôle), Orgazmo compte tout de même de
grands moments de délire absolu, notamment avec un Dian
Bachar survolté, star du porno mais aussi scientifique de
génie, inventeur de l’Orgazmo-Rayon (en
gros une arme refilant l’orgasme ultime à ses
victimes, il faut voir la scène où ils essaient
ça sur une petite vieille), et spécialiste en combat
refusant depuis une tragédie liée à son
enfance de refaire la technique du hamster. Matt Stone est moins
visible dans le film, mais ses apparitions sont à chaque
fois à mourir de rire (« I don't wanna sound
like a queer or nothin', but I think Depeche Mode is a sweet
band! »).
Pendant ce temps, un certain George Clooney découvre The Spirit of Christmas et l’envoie à nombre de ses amis, dont un ponte de Comedy Central qui va s’empresser de faire signer un contrat à Parker et Stone : ceux-ci devront livrer pour la chaîne une série animée basée sur leur court-métrage, et auront quartier libre pour y insérer tout ce dont ils ont envi. Cette série, c’est bien évidemment South Park. Lancée en 1997, elle existe toujours aujourd’hui (à l’heure qu’il est on attend la 12ème saison pour Mars) et aura même donné lieu à un film, mais nous y reviendrons dans un futur article.
Désormais des stars grâce à South
Park (ben oui, suffit de les voir arriver dans les robes
de Jennifer Lopez et Gwyneth Paltrow à la
cérémonie des Oscars où ils étaient
nommés dans la catégorie Meilleure Chanson), ils ne
prennent tout de même pas la grosse tête et
préfèrent jouer dans des projets modestes. Ainsi,
après avoir lu ce qu’ils considèrent comme
« le scénario le plus débile
qu’on nous ait proposé », ils
acceptent de jouer dans le BaseketBall de David
Zucker (1998), à condition que ce dernier augmente le nombre
de personnages principaux de 2 à 3, de manière
à pouvoir caser leur pote Dian Bachar. Ils jouent trois
glandeurs qui vont devenir célèbres en inventant un
nouveau sport, croisement entre du Basket et du Base-ball. Si le
film est un pur moment de connerie jouissive mélangeant les
styles des ZAZ (Zucker n’aura jamais retrouvé ce
niveau depuis) et de Parker et Stone (le premier imite Mr Mackey et
Cartman dans le film, et a même spécialement
composé une chanson : Warts on my Dick), ces
derniers regrettent tout de même le montage de Zucker et ont
promis depuis un certain temps qu’ils se pencheront un jour
sur l’Actor’s Cut.
Parallèlement à South Park, ils lancent en 2001 une nouvelle série, live cette fois, dont le principe de base est de faire une sitcom se déroulant à la Maison Blanche. Si vous voulez voir W. Bush balancer des punchlines débiles, des personnages secondaires complètement à côté de la plaque et des situations que n’aurait pas renié Seinfeld sauf qu’elles arrivent au président des Etats-Unis, c’est vers That’s my Bush qu’il faut se tourner. Malheureusement, la série fut un échec et Comedy Central arrêta la diffusion au bout de 8 épisodes. Vendu au public comme une version live de South Park, on peut peut-être expliquer cet échec par le fait que les spectateurs n’ont pas retrouvé ce qu’ils aimaient dans la série animée, surtout ceux qui s’arrêtent à la « vulgarité » des dialogues. Pourtant, That’s my Bush est totalement dans l’esprit des deux auteurs, dans le sens où ils prennent un postulat de départ au premier degré (les sitcoms) mais transposé dans un élément qui va lui faire perdre tout son sens pour le rendre risible (ici le fait que ça se déroule à la Maison Blanche).
Leur prochain film, Team America, reprend
complètement cette idée en partant sur un film
d’action à la Jerry Bruckheimer très premier
degré, mais entièrement joué par des
marionnettes (directement inspirées des
Thunderbirds). Ainsi, les scènes
d’action deviennent ridicules, les dialogues sonnent faux et
les scènes d’amour sont à pisser de rire. Mais
Team America ne se résume pas à
cela, et ils nous refilent à nouveau une comédie
musicale sur fond de discours politique où tous les partis
en prennent plein la gueule pour aboutir à la vision du
monde que Parker et Stone possèdent, ce qu’ils ont
fait dans tous les épisodes de South Park
finalement.
En attendant leurs prochains projets cinématographiques, on peut se réjouir du contrat signé avec Comedy Central qui pousse South Park jusqu’à au moins 15 saisons. S’il y a bien une chose qu’on peut leur souhaiter, c’est que ça dure, d’autant que la qualité ne fait qu’augmenter. Mais on y reviendra…
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