Des Idiots et des Anges - Bill Plympton  (Films) posté le mardi 02 décembre 2008 15:48

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A Toulouse, on n'a peut-être pas des tapis rouges remplis de stars aux décolletés affolants lors des avant-premières, mais au moins, quand on fait venir quelqu'un, ce n'est pas n'importe qui. Dimanche 30 Novembre 2008, à l'Utopia, l'immense Bill Plympton venait donc présenter son nouveau bébé en compagnie de sa productrice et co-dessinatrice Biljana Labovic. Le nouveau-né s'appelle Idiots and Angels, et il était accompagné de trois petits bonus : un clip et deux courts-métrages.

 

Heard 'Em Say par Plympton

 

Heard 'Em Say est un clip réalisé pour un duo entre Kanye West et Adam Levine, le chanteur des Maroon 5. Assez anecdotique dans la carrière de l'artiste (je parle de Plympton, là, bien sûr), on peut tout de même se délecter de la beauté de ce noir et blanc, avec toujours un nombre impressionnant d'idées visuelles par plan.

 

Le chien fou de Plympton

 

Bien plus intéressants, les court-métrages Hot Dog et Santa : The Fascist Years (en exclu mondiale pour ce dernier !) prouvent une nouvelle fois à quel point l'auteur est à l'aise dès qu'il s'agit de raconter une histoire délirante en 5min. Rappelant énormément la folie qui animait les dessins de Tex Avery (que Plympton vénère), les deux enchainent sans temps mort les gags visuels (voire aussi narratifs pour le second), sans oublier, bien évidemment, de verser dans le trash quand il le faut (le plan du Père Noël qui serra la main d'Hitler est peut-être le plus drôle que j'ai vu depuis longtemps). Pures comédies jouissives, les deux courts fonctionnent à merveille grâce au style et au sens comique que son auteur a rôdé tout au long de sa carrière.

 

Le héros (et oui) d'Idiots and Angels

 

Difficile donc de changer de ton comme il a voulu le faire avec son nouveau long-métrage : Idiots and Angels. Celui-ci surprend par sa noirceur, dans la forme comme dans le fond. Loin du très coloré Hair High, le film est ici quasi-monochrome, comme pour souligner le fait que les personnages qui le parcourent sont tous des enflures totales sans vraiment d'échappatoire. Forcément, quand on est habitué au Plympton déconneur (même si tous ses films comportaient une certaine noirceur), ça peut étonner.

Le film suit la routine quotidienne d'un gros enfoiré, solitaire, violent et détestant tout le monde, qui se termine constamment dans un bar, où sont toujours présents les mêmes personnages. Il y a la dame qui passe son temps à fumer et jouer aux cartes, la jeune femme de ménage que notre héros ne pense qu'à baiser, et le patron qui passe du temps dans une arrière-salle louche. Un matin, il se réveille avec deux ailes lui ayant poussé dans le dos. Souhaitant d'abord s'en débarasser, il va découvrir que les ailes ont un but précis : faire de lui quelqu'un de meilleur.

Evidemment le film va un peu plus loin que celà, en devenant une sorte de remake désespéré de L'Impitoyable Lune de Miel (le héros se retrouve avec un pouvoir qu'il ne veut pas forcément garder et qui va attirer la jalousie d'autres personnages moins bien, ou aussi mal, intentionnés que lui). Volontairement épuré de tout dialogue, rythmé par une BO toujours au top (Pink Martini, Tom Waits...), le film n'est malheureusement pas totalement maitrisé dans ce changement de ton. Pas toujours drôle, mais pas non plus émouvant comme il souhaiterait l'être, Idiots and Angels ressemble à un essai pas forcément concluant de la part de son auteur.

Ceci dit, visuellement, c'est toujours aussi magnifique. Bien que volontairement plus brut que ses anciens travaux au cinéma, c'est peut-être paradoxalement son film le plus abouti en terme de réalisation. Si tout n'est pas réussi narrativement parlant, Plympton arrive tout de même souvent à faire ressentir la détresse de ses personnages grâce à sa seule réalisation. On s'en prend donc à regretter le film tel qu'il aurait pu être si son intrigue avait été mieux définie et son alternance entre humour et émotion mieux gérée.

 

Notre héros adore les automobilistes

 

Bref, même si on peut le considérer comme une légère déception au regard de ce que nous avait précédemment offert son auteur, Idiots and Angels n'en reste pas moins une curiosité à voir absolument pour qui aime le boulot de Plympton, et pourrait même attirer un nouveau public aux joies du divertissement trash de haute volée. Et nul doute que si l'auteur souhaite continuer dans cette nouvelle voie, celle de l'émotion, il rodera ça aussi bien qu'il a pu le faire avec ses comédies pures, à l'avenir. Vivement le prochain, donc.

 

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