En ce moment, aux Etats-Unis, tout le monde s'accorde à dire que le très récemment sorti Observe and Report est un film où chaque scène est non seulement nettement plus hilarante que la précédente, mais aussi nettement plus malsaine. Cet aspect "dark comedy" était déjà très présent dans le premier film de son réalisateur Jody Hill (remember The Foot Fist Way ?), et on le retrouve forcément dans sa série télévisée, co-écrite avec ses acolytes Ben Best et Danny McBride : l'OVNI télévisuel Eastbound & Down. La marque d'un auteur ? Indéniablement.

Star déchue du base-ball à cause de son tempérament mégalo et arrogant, Kenny Powers (Danny McBride) est obligé de venir vivre chez son frère, dans sa petite ville natale, et d'y bosser en tant que prof de sport pour l'école du coin. Espérant toujours pouvoir retrouver sa vie de sportif de haut niveau au salaire astronomique, il tentera aussi de récupérer la fille qu'il avait laissé croupir là à l'époque où il est parti, et aujourd'hui fiancée au principal de l'école. Mais tout ceci n'est que le début d'un long chemin de croix pour le personnage, parsemé d'humiliations en séries et de rêves brisés. Le prix à payer pour une rédemption ?
Eastbound & Down, ou comment rendre attachant un Kenny Powers qui cumule les tares : gros enfoiré imbu de sa personne, vulgos à en faire palir Candeloro (oui, bon...), et tellement arrogant que ça le rend aveugle sur sa situation. Tel est le pari pris par les trois (ir)responsables de cette série, bien suivis par Will Ferrell et Adam McKay en producteurs, qui continuent de veiller sur leurs poulains après les avoir découverts grâce à The Foot Fist Way.
Pour ce faire, tout repose sur le jeu assez hallucinant d'un Danny McBride entièrement dévoué à son personnage, dans toutes ses failles, mais aussi toutes ses émotions. Il arrive à faire passer, et parfois au détour d'une unique scène, son Kenny Powers d'hilarant à inquiétant, pour après parvenir à le rendre émouvant. Les autres acteurs semblent quelques fois n'être seulement que des faire-valoirs, même si Steve Little est excellent en fan de Powers voulant à tout prix devenir son pote, et que Andrew Daly est tout aussi génial en principal de l'école.
Aussi, de The Foot Fist Way, on retrouve le décor très réaliste parcouru par des personnages un peu (voire très) losers, les situations aussi poilantes qu'embarassantes, et les dialogues allant souvent loin dans le politiquement incorrect. Un peu comme si les univers de Ricky Gervais et de Will Ferrell se croisaient, dans une mixture pourtant très personnelle pour Jody Hill.

D'ailleurs ce dernier, très occupé par Observe and Report, a laissé pour quelques épisodes sa place de réalisateur, d'abord à David Gordon Green qui trouve ici un terrain de jeu propice à marier les côtés très sérieux de ses premiers films (et notamment All the Real Girls) avec celui bien plus déconneur de son Pineapple Express, et ensuite Adam McKay (Anchorman, Step Brothers), versant plus volontiers dans le quasi over-the-top avec le Chapitre 5. Des épisodes pas toujours constants il faut l'avouer, mais qui réservent tous leur(s) passage(s) culte(s) en devenir.
Evidemment, le seul network capable de diffuser une série aussi radicale ne pouvait qu'être HBO (je crois que l'on ne se rendra jamais compte à quel point cette chaîne aura été une bénédiction pour les oeuvres télévisuelles). D'abord très peu suivie, la saison 1 gagnera en spectateurs au fur et à mesure de ses 6 épisodes, à tel point qu'une deuxième a été d'ores et déjà commandée. Au vu des événements qui closent le retour de Kenny dans sa petite ville (et avec le recul, on se rend compte qu'il aurait été impossible que ça se termine autrement), on a hâte de retourner suivre ce personnage infâme et ordurier.
Ce qui prouve, malgré quelques pitites réserves de rien du tout, que le pari est largement gagné.
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