Films

Observe and Report - Jody Hill  (Films) posté le mardi 11 août 2009 17:59

 

Si vous suivez régulièrement les articles de ce blog, vous devriez commencer à connaitre le nom de Jody Hill. Découvert grâce au film The Foot Fist Way, et co-responsable de la série Eastbound & Down avec ses potes Ben Best et Danny McBride, Hill tente désormais l'aventure solo avec Observe and Report, comédie noire annoncée comme le pendant déconneur du Taxi Driver de Scorsese, et qui se révèle au final être du pur Jody Hill.

Si dans Eastbound & Down on espérait qu'un connard fini s'en sorte bien, c'est ici à un sociopathe limite dangereux que l'on va s'attacher, au fil de diverses humiliations et désillusions. En l'occurence Ronnie Barnhardt, gardien dans un supermarché, qui voit dans l'arrivée d'un pervers exhibitionniste l'occasion de prouver son talent de potentiel flic et de séduire la femme de ses rêves. Le personnage est joué par Seth Rogen, peu convaincant dans la première partie du film quand il fait du sous-Danny McBride, mais qui trouve heureusement le ton juste dans la deuxième moitié pour se révéler au final le meilleur choix possible pour jouer Ronnie. Il est d'ailleurs bien aidé par la très mignonne Collette Wolfe, déjà présente dans The Foot Fist Way avec un rôle anecdotique, mais qui est probablement ici le personnage le plus important, car celui qui pourrait être synonyme de rédemption pour Ronnie.

 

Ronnie chez un psy

 

Dit comme cela, Observe and Report ne ressemble pas à une comédie. Et pourtant les rires sont nombreux, et souvent lâchés au détour d'une scène glauquissime. Comme dans ses précédentes oeuvres, Hill présente un univers avec des personnages parfois over-the-top mais qui n'en restent pas moins profondément humains, ce qui rend leurs failles crédibles, et donc décuple l'émotion (que ce soit les rires ou les larmes) lorsqu'il leur arrive quelque chose. Ce qui n'empêche pas non plus une petite part d'improvisation bienvenue (on sait que Rogen est passé maître dans cet art), notamment lors d'une hilarante battle de "Fuck you" avec l'excellent Aziz Ansari.

En dire plus deviendrait dommageable pour le film, qui fonctionne à l'étonnement constant. Je vous conseille donc de vous le procurer, pour l'instant par des moyens forcément un peu détournés (ou dès le 22 Septembre en Zone 1), mais en tout cas ne patientez pas avant une sortie française, vu qu'on attend toujours que The Foot Fist Way débarque ici. Triste constat pour un auteur déjà quasi-incontournable...

lien permanent

Des Idiots et des Anges - Bill Plympton  (Films) posté le mardi 02 décembre 2008 15:48

 

A Toulouse, on n'a peut-être pas des tapis rouges remplis de stars aux décolletés affolants lors des avant-premières, mais au moins, quand on fait venir quelqu'un, ce n'est pas n'importe qui. Dimanche 30 Novembre 2008, à l'Utopia, l'immense Bill Plympton venait donc présenter son nouveau bébé en compagnie de sa productrice et co-dessinatrice Biljana Labovic. Le nouveau-né s'appelle Idiots and Angels, et il était accompagné de trois petits bonus : un clip et deux courts-métrages.

 

Heard 'Em Say par Plympton

 

Heard 'Em Say est un clip réalisé pour un duo entre Kanye West et Adam Levine, le chanteur des Maroon 5. Assez anecdotique dans la carrière de l'artiste (je parle de Plympton, là, bien sûr), on peut tout de même se délecter de la beauté de ce noir et blanc, avec toujours un nombre impressionnant d'idées visuelles par plan.

 

Le chien fou de Plympton

 

Bien plus intéressants, les court-métrages Hot Dog et Santa : The Fascist Years (en exclu mondiale pour ce dernier !) prouvent une nouvelle fois à quel point l'auteur est à l'aise dès qu'il s'agit de raconter une histoire délirante en 5min. Rappelant énormément la folie qui animait les dessins de Tex Avery (que Plympton vénère), les deux enchainent sans temps mort les gags visuels (voire aussi narratifs pour le second), sans oublier, bien évidemment, de verser dans le trash quand il le faut (le plan du Père Noël qui serra la main d'Hitler est peut-être le plus drôle que j'ai vu depuis longtemps). Pures comédies jouissives, les deux courts fonctionnent à merveille grâce au style et au sens comique que son auteur a rôdé tout au long de sa carrière.

 

Le héros (et oui) d'Idiots and Angels

 

Difficile donc de changer de ton comme il a voulu le faire avec son nouveau long-métrage : Idiots and Angels. Celui-ci surprend par sa noirceur, dans la forme comme dans le fond. Loin du très coloré Hair High, le film est ici quasi-monochrome, comme pour souligner le fait que les personnages qui le parcourent sont tous des enflures totales sans vraiment d'échappatoire. Forcément, quand on est habitué au Plympton déconneur (même si tous ses films comportaient une certaine noirceur), ça peut étonner.

Le film suit la routine quotidienne d'un gros enfoiré, solitaire, violent et détestant tout le monde, qui se termine constamment dans un bar, où sont toujours présents les mêmes personnages. Il y a la dame qui passe son temps à fumer et jouer aux cartes, la jeune femme de ménage que notre héros ne pense qu'à baiser, et le patron qui passe du temps dans une arrière-salle louche. Un matin, il se réveille avec deux ailes lui ayant poussé dans le dos. Souhaitant d'abord s'en débarasser, il va découvrir que les ailes ont un but précis : faire de lui quelqu'un de meilleur.

Evidemment le film va un peu plus loin que celà, en devenant une sorte de remake désespéré de L'Impitoyable Lune de Miel (le héros se retrouve avec un pouvoir qu'il ne veut pas forcément garder et qui va attirer la jalousie d'autres personnages moins bien, ou aussi mal, intentionnés que lui). Volontairement épuré de tout dialogue, rythmé par une BO toujours au top (Pink Martini, Tom Waits...), le film n'est malheureusement pas totalement maitrisé dans ce changement de ton. Pas toujours drôle, mais pas non plus émouvant comme il souhaiterait l'être, Idiots and Angels ressemble à un essai pas forcément concluant de la part de son auteur.

Ceci dit, visuellement, c'est toujours aussi magnifique. Bien que volontairement plus brut que ses anciens travaux au cinéma, c'est peut-être paradoxalement son film le plus abouti en terme de réalisation. Si tout n'est pas réussi narrativement parlant, Plympton arrive tout de même souvent à faire ressentir la détresse de ses personnages grâce à sa seule réalisation. On s'en prend donc à regretter le film tel qu'il aurait pu être si son intrigue avait été mieux définie et son alternance entre humour et émotion mieux gérée.

 

Notre héros adore les automobilistes

 

Bref, même si on peut le considérer comme une légère déception au regard de ce que nous avait précédemment offert son auteur, Idiots and Angels n'en reste pas moins une curiosité à voir absolument pour qui aime le boulot de Plympton, et pourrait même attirer un nouveau public aux joies du divertissement trash de haute volée. Et nul doute que si l'auteur souhaite continuer dans cette nouvelle voie, celle de l'émotion, il rodera ça aussi bien qu'il a pu le faire avec ses comédies pures, à l'avenir. Vivement le prochain, donc.

 

En discuter sur le "forum Rafik Djoumi"

lien permanent

Max la Menace  (Films) posté le mardi 14 octobre 2008 16:24

 

Pour être honnête, malgré une preview plus ou moins enthousiaste, je n'attendais pas grand chose de ce Get Smart nouvelle génération. Les bande-annonces se suivaient et ne semblaient apporter rien de neuf dans le domaine de l'espionnage gaguesque, Carell refaisait Michael Scott version agent et les rires paraissaient assez forcés.

Si le film confirme malheureusement toutes ces craintes, on prend tout de même un grand plaisir à se replonger dans une comédie old school plutôt bien foutue, finalement.

 

Anne Hathaway et Steve Carell

 

Maxwell Smart (Carell), analyste brillant travaillant au sein de l'organisation CONTROL, rêve de devenir un véritable agent. Après une attaque de leur nemesis KAOS, il va devoir faire ses preuves sur le terrain, en compagnie de l'agent 99 (Anne Hathaway). S'en suivra une histoire d'espionnage classique, avec ce que cela comporte de traitres, de bombes, et de courses de bagnoles, mais avec des gags.

 

Adapté d'une série créée par Mel Brooks et Buck Henry (à laquelle le film rend hommage lors de son générique de début), Get Smart a malheureusement l'handicap de passer après les incontournables Naked Gun des ZAZ (ces derniers avouant tout de même s'être inspiré du personnage de Don Adams pour donner vie à Frank Drebin). Cela se ressent énormément dans le manque d'inventivité des gags, même s'ils s'avèrent être moins burlesques que les conneries de Leslie Nielsen. Quelques uns font malgré tout mouche, comme une fabuleuse séquence dans les chiottes d'un avion.

Le film reste cependant très agréable à regarder, notamment grâce au charme d'Hathaway, mais aussi et surtout avec l'abattage d'un Carell certes encore et toujours dans son rôle de gros naïf maladroit, mais absolument poilant et possédant un timing comique dingue (ce que l'on savait déjà avec The Office). A côté d'eux, les seconds rôles vont de l'embarrassant (le gros bras-droit pleurnichard, les deux neuneus spécialistes des gadgets) au plutôt sympatoche (Alan Arkin fidèle à lui-même et la classe absolue de The Rock, à moins que ce ne soit le contraire).

 

Oui, y'a aussi Terence Stamp et Azamat Bagatov

 

Bref, Get Smart est finalement plutôt amusant et se laisse voir sans déplaisir, bien plus grâce au talent de ses acteurs qu'à une histoire et une réalisation tout à fait quelconques, et est donc très loin de la mauvaise comédie annoncée dans les trailers. C'est déjà ça de gagné.

lien permanent

The Foot Fist Way  (Films) posté le samedi 11 octobre 2008 14:32

 

C'est l'histoire de Will Ferrell et Adam McKay (réalisateur d'Anchorman, Talladega Night et du futur Step Brothers) qui découvrent un film et l'aiment au point d'en faire l'étendard de leur société de production fraichement fondée. Sorti de nulle part, The Foot Fist Way ne pouvait pas rêver meilleur parrainage. Et pourtant, si ça l'a bien évidemment aidé à se faire connaitre aux Etats-Unis, ça l'a paradoxaloment desservi. Enfin, à mon humble avis, comme on dit...

 

Poster de The Foot Fist Way

 

Fred Simmons (Danny McBride) est un prof de Taekwondo dans une petite bourgade américaine. Plutôt doué pour son métier, malgré une arrogance déplacée par rapport à son niveau, c'est de suite une autre histoire lorsqu'il rentre à la maison. Lorsqu'il apprend que sa femme préfère branler des collègues de boulot plutôt que de rester chez elle, son petit monde s'écroule peu à peu.

 

Une pitch tout simple parfaitement adapté aux moyens du film, l'éternel portrait d'un loser attachant, on est donc loin des comédies non-sensiques de Ferrell et McKay, contrairement à ce que le trailer laisse entendre. Non, ici, s'il fallait faire un rapprochement, ce serait surement à l'univers de Ricky Gervais. Un univers où tous les personnages sont plus ou moins pathétiques, même si certains restent sympathiques, où malaises et humiliations servent l'humour du récit, et où il n'y a pas vraiment de gagnant.

Qui dit film de baston, dit bien sûr nemesis pour le "héros" Fred, et The Foot Fist Way en propose un bien antipathique en la personne de Chuck "The Truck" Wallace (le co-scénariste Ben Best). D'abord idôle de Fred (il pourrait facilement battre Bruce Lee, selon lui), puis ennemi, la confrontation des deux servira de double-climax au film, à l'issue forcément incertaine.

 

Danny McBride

 

Premier essai au ciné de Jody Hill, et consécration pour son acteur principal, Danny Mcbride (qui depuis squatte les plateaux de toutes les comédies ricaines, puisqu'on l'a vu dans Hot Rod, Superbad, Les Femmes de ses Rêves, Drillbit Taylor et bientôt dans Tropic Thunder et Pineapple Express), le métrage possède malheureusement les défauts inhérents aux premiers films (fautes de goût dans la réal, un rythme pas toujours maitrisé...), même s'il contient les qualités propres aux indés (comme, entres autres, la liberté de ton : pas certain que l'on aurait vu un gamin faire mumuse avec de la coke dans un film de studio...).

On comprend aisément pourquoi Ferrell et McKay ont décidé de distribuer le film, notamment au détour de deux scènes proprement hilarantes, mais le coeur de l'histoire est vraiment ailleurs. Dans cette galerie de personnages un peu losers, maladroits, mais profondément attanchants. A l'image du film, donc.

lien permanent

Walk Hard : The Dewey Cox Story  (Films) posté le mardi 08 juillet 2008 18:38

 

Depuis quelques années, le monde de la comédie parodique s'enfonce de plus en plus dans la médiocrité. Depuis un premier Scary Movie qui pouvait faire illusion grâce à son mauvais goût assumé, les tentatives de pastiches sont désormais torchées à la va-vite histoire d'engranger un max de pognon en un mimimum de temps en capitalisant sur des succès récents (voir par exemple le trailer du déjà exaspérant Disaster Movie, où on en arrive à faire des gags sur des films pas encore sortis comme Hancock... Vous avez dit opportuniste ?).

Scénarios écrits en deux soirées autour de DVDs fraichement achetés et d'un paquet de (mauvaise) weed, tournage d'une ou deux semaine(s) qui base ses débuts de scène sur un film connu pour les finir sur une chute causée par une peau de banane, post-prod à peine plus longue histoire de rajouter quelques effets cheap, et hop we got a movie.

Les fans des Top Secret, Airplane ou autres Naked Gun se bouffent donc le peu de doigts qui leur reste après la mort artistique des ZAZ, en espérant trouver une perle digne de ces ancêtres. C'est alors qu'un certain Jake Kasdan (fils du célèbre Lawrence) s'est décidé de parodier les biopics musicaux ayant fleuri ces dernières années, Ray et Walk the Line en tête...

 

John C. Reilly et Jenna Fischer dans Walk Hard

 

En voulant s'amuser un après-midi, les frères Cox décident de se lancer dans un combat de machetes. Celle du jeune Dewey sort malencontreusement de son fourreau et transperce Nate en deux. Rejeté par son père, Dewey perdra l'odorat ce soir-là, mais apprendra aussi à jouer de la guitare grâce à deux bluesman. Quelques années plus tard, lors d'un spectacle proposé par son collège, Dewey sera pourchassé par tout le village pour avoir jouer ce que le prêtre appelle la "musique du Diable". C'est alors que le jeune musicien décidera de partir de sa maison, pour percer dans le milieu de la chanson, écrire son chef d'oeuvre, et tout celà, sans odorat.

 

La première des qualités de Walk Hard est de proposer une histoire construite, avec un début, un milieu et une fin. Ca peut paraitre étonnant de dire ça, mais lorsque on a pris l'habitude des successions de sketches plus ou moins drôles (souvent moins) de toutes les parodies citées plus tôt, ça en devient une réelle et agréable surprise. Alors certes la trame n'est pas originale, mais quoi de plus normal finalement puisque tous les biopics (pourtant centrés sur des personnes très différentes) suivent tous le même schéma : jeunesse / succès / déchéance / renaissance. Ainsi, et preuve de la qualité d'une parodie, pas besoin d'avoir vu les films qu'elle évoque pour l'apprécier pleinement.

De ce côté-là, le duo Kasdan/Apatow (qui avaient déjà bossé ensemble sur les séries Freaks and Geeks et Undeclared), bien aidé par un John C. Reilly exceptionnel en Dewey Cox, a pleinement réussi son pari.

 

John C. Reilly dans Walk Hard

 

En plus de celà, le film est un immense hommage au rock sous toutes ses formes, Dewey Cox traversant les époques et les genres tel notre Johnny national, y rencontrant ses icônes (Elvis, Buddy Holly ou encore les Beatles...), ou pompant allègrement les plus grandes stars (le passage sur Bob Dylan est monumental). L'occasion pour le gang d'Apatow d'apparaitre (presque) au complet, mais aussi à d'autres célébrités auxquelles on aurait pas forcément pensé de venir s'amuser (faut voir le Jack White des White Stripes cabotiner en Elvis ou encore le véritable Patrick Duffy se faire tabasser par John C. Reilly).

Malgré quelques longueurs dont la team a décidément du mal à se débarrasser, le director's cut est bien plus recommandable que la version cinéma, puisqu'il y apporte quantité de gags mais aussi plus de profondeur au niveau des personnages et, surtout, des chansons plus longues.

 

John C. Reilly dans Walk Hard

 

Les chansons, parlons-en justement. Écrites par le trio Kasdan/Apatow/Reilly, aidés par le compositeur Michael Andrews (Undeclared, Orange County, mais aussi Donnie Darko...), elles arrivent à être à la fois drôles (Let's Duet ou You got to love your negro man) mais aussi totalement crédibles suivant les époques auxquelles elles sont chantées. Les différentes versions (disco, hip hop...) du titre principal Walk Hard sont un bon exemple de l'évolution de la musique mais aussi du personnage de Cox lui-même.

 

Le film est donc une réussite quasi-totale, et évidemment la sortie française fut annulée suite à son bide aux États-Unis. Est-ce le mélange entre réalisme et absurde, et la volonté de pousser loin le R-Rated (en foutant régulièrement des nanas et des gars entièrement à poil, par exemple) qui peuvent expliquer pourquoi le public a boudé le film ? Aucune idée. Quoi qu'il en soit, le DVD Zone 1 contenant les deux versions du film est aussi bourré de bonus. Vous savez ce qu'il vous reste à faire...

 

Voir le trailer

lien permanent