South
Park, série aussi grandiose soit-elle, a toujours eu
le cul entre deux chaises. Ses auteurs, Trey Parker et Matt Stone,
s'imposant un rythme de travail hallucinant, à savoir la confection
d'un épisode de A à Z (de l'écriture à la diffusion donc) en une
seule et unique semaine, le résultat peut s'avérer à chaque fois
aléatoire. Si les exceptionnelles saisons 5 à 8 arrivaient à
maintenir la qualité par une inventivité constante dans l'humour
gras et la critique sociale, les écarts entre les épisodes n'ont
depuis fait qu'augmenter. A tel point qu'on peut alterner le
géniallissime (The Return of Chef, saison
10) avec le vraiment très mauvais (l'insupportable
Manbearpig, saison 10 aussi). Seule la
11ème année à l'école de Cartman et cie parvenait à échapper à ce
constat, d'abord par un enchainement de parodies toutes plus
réussies les unes que les autres (24, le
Da Vinci Code, 300, et les films
de Romero ont servi de bases à d'excellents épisodes), puis par une
trilogie désormais célèbre mêlant attaque terroriste et créatures
imaginaires : Imaginationland (qui
tranchait avec les conditions de travail des auteurs puisqu'elle
fut pensée bien en amont, l'idée étant à la base d'en faire le
second film tiré de la série). Autant dire donc que la saison 12
était attendue avec enthousiasme, que ce soit par les
téléspectateurs ricains (la série battait ses records d'audience
chaque semaine) ou par les internautes du monde entier (excellente
initiative que de proposer les épisodes gratuitement sur le site
officiel de la série, les anciens comme les nouveaux).

Et elle commençait sacrément bien
avec deux épisodes complètement décalés par rapport au ton habituel
de la série. Si Parker et Stone oeuvraient déjà souvent dans
l'humour noir, jamais ils n'avaient été aussi loin dans la
virulence de leur propos. Le premier épisode voyait ainsi Cartman
atteint du SIDA suite à une opération des amygdales (!), le
refilant ensuite à Kyle parce que ce dernier riait de l'ironie de
la situation (!!), pour enfin découvrir avec l'aide de Magic
Johnson que seul le contact avec de l'argent pouvait guérir du
virus (analogie évidente au fait que seuls les plus aisés peuvent
recevoir un traitement adéquat).
Le second, encore plus violent,
montrait une Britney Spears au bout du rouleau, lassée par
l'intrusion incessante des paparazzis dans sa vie privée, qui
préfèrera en finir en se faisant sauter la cervelle avec un fusil à
pompe. Survivant à ce drame, elle sera toujours emmerdée par des
photographes voulant absolument avoir un cliché de son soi-disant
"nouveau look". Stan et Kyle essaieront de la sauver, avant
d'apprendre que tout ceci était un complot visant à donner au
public son lot de tortures et de sacrifices. La comparaison est
faite avec les jeunes filles auxquelles on filait des bijoux dans
les temps anciens, qu'on l'on pouvait même traiter comme des
déesses avant de les lapider à mort. Tout ceci se terminera dans
une séquence glauquissime où tous les habitants de South Park
mitrailleront littéralement Britney avec leurs appareils photos,
pour que celle-ci s'écroule définitivement.
On a d'ailleurs eu l'occasion de
remarquer, si besoin en était, la stupidité des médias français qui
ont encore une fois montré leur incompétence dès qu'il s'agit de
parler de cette série. Chez Morandini comme chez les abrutis du
Petit Journal People de Canal+, les annonces faites était de
l'ordre du "South Park se fout de la gueule de Britney
Spears", extraits à l'appui avec la séquence du suicide. A se
demander s'ils avaient vu l'épisode en entier donc, puisqu'il ne se
moque évidemment pas de Britney, mais justement de ces journalistes
people et de leur public.
Autre événement marquant de
l'épisode, le fait que les garçons, Stan et Kyle, se rangent du
côté des adultes à la fin. La série ayant constamment montré ces
derniers en les caricaturant à l'extrème, pour qu'à chaque fois les
morales des épisodes sortent de la bouche des enfants. Parker et
Stone se cachent toujours derrière le regard faussement naïf du
quatuor principal pour donner leur vision du monde, qui tranche
avec les discours que l'on entend à longueur de journée par tous
ceux qui ont habituellement la parole. Le fait donc que Stan et
Kyle décident "d'abandonner" et se rangent du côté de leurs
parents rend le constat de l'épisode encore plus accablant.
Mais évidemment, qui dit changement
de ton, dit colère des fans. Ces derniers n'hésitent pas à
considérer Britney's New Look comme le
pire épisode de la série, et plus globalement les deux épisodes
comme le plus mauvais démarrage toutes saisons confondues. C'est
vrai que ça manquait peut-être de blagues sur les juifs pour les
convaincre...

Les épisodes suivants revenaient
vers des sentiers un peu plus balisés dans l'univers de
South Park. Si Over
Logging (avec la disparition d'Internet) et
Canada on Strike (qui tapait sur la grève
des scénaristes) étaient très amusants, les autres allaient du très
mauvais (un Super Fun Time insupportable,
très redondant, avec une parodie de Die Hard à
côté de la plaque) à l'anecdotique (Major
Boobage, bien foutu visuellement dans son hommage à
Métal Hurlant, mais un peu chiant à côté, et
Eek a Penis, qui ne vaut que pour sa
chanson complètement autre avec une souris et un pénis en duo).
Loin d'être catastrophique, cette
première moitié de saison commençait tout de même à rappeler les
limites du rythme de travail du duo, comme les saisons 9 ou 10 ont
pu le faire avant elle. L'habituel break de mi-saison devait donc
permettre aux auteurs de se ressourcer, et de revenir pour une
deuxième moitié plus intéressante, comme cela a souvent été le cas.
La chute n'en aura été donc que plus dure...
Et elle démarrait bien, pourtant,
cette deuxième moitié. The China Probrem
fut un épisode assez jouissif, certes pas convaincant du tout dans
la partie qui concernait Cartman et Butters (ces derniers
essayaient de se débarasser des chinois après avoir vu la cérémonie
d'ouverture des JO), mais absolument hilarante dans celle de Stan
et Kyle. Ceux-ci pleuraient ce qu'ils considéraient être le viol
d'Indiana Jones par Spielberg et Lucas, en référence évidemment à
la quatrième aventure du héros, dont Parker et Stone ne s'étaient
visiblement pas remis malgré le temps passé (le film est sorti en
Juin, l'épisode en Octobre). Alors bien sûr, Tonton Spielby et le
gros George avaient déjà été utilisés dans un épisode bien plus
intéressant (Free Hat, saison 6), mais
The China Probrem rappelait à quel point
la série pouvait être poilante dès qu'elle tombait dans le trash
complet. Ici les viols d'Indy imaginés par les gamins étaient
montrés en utilisant des parodies de films célèbres comme
Délivrance ou Les Accusés, et ça
fonctionnait à merveille (faut vraiment voir Spielberg et Lucas en
rednecks, shotgun à la main).
Breast Cancer Show
Ever, Pandemic et
Pandemic 2 : The Startling, eux, étaient
loin de fonctionner à merveille, par contre. Ce trio de choc
rappela les plus mauvais enchainements de la série, tel que celui
d'A Million Little Fibers avec
Manbearpig lors de la saison 10. Le
premier était un épisode vintage dans lequel Wendy veut se battre
avec Cartman, ce dernier commençant à paniquer à l'idée qu'une
fille puisse lui foutre une branlée. Deux, trois passagaes rigolos
n'arrivaient pas à sauver un épisode manquant cruellement d'idées
neuves et de rythme.
Mais le gros problème vint du
diptyque Pandemic. S'aventurant à nouveau
dans le domaine de la catastrophe nationale que seuls les gamins
peuvent stopper (ce que l'on a vu au moins un milliard de
fois dans la série, et de façon bien plus brillante), seules deux
idées de base étaient étirées au maximum pour tenir la distance. Et
quand en plus une des deux idée était moisie dès le départ (Randy,
le père de Stan, ne veut pas lâcher son camescope, alors hop on
fait une parodie de Cloverfield à la ramasse), on
commence à avoir une idée du désastre. Il n'y avait que
l'utilisation de Craig qui était intéressante, car au travers du
personnage étaient moqués les rouages habituels de la série. Mais
cette idée fut à l'origine d'un pétage de plomb complet des fans,
qui oseront affirmer que si ce ditpyque est tout pourri, c'est
parce que Parker et Stone en sont complètement conscients et se
foutent ouvertement de leur propre gueule. C'est vite oublier
qu'ils ont toujours pratiqué l'auto-critique tout au long de la
série, au détour d'une réplique ou de quelques séquences, sans
jamais que cela aboutisse à 45 minutes de vide total...

Le cas d'About Last
Night est bien plus intéressant. On sait que le duo
est extrèmement réactif dès qu'il s'agit de parler d'un événement
récent. Mais là ils ont fait très fort. Pour rappel, les résultats
de l'élection présidentielle américaine sont tombés le mardi 4
novembre au soir. Le lendemain, jour de diffusion de la série, on
pouvait voir un épisode qui non seulement montrait Obama gagnant,
mais aussi utilisait les discours de victoire/défaite pour l'un et
l'autre des candidats, entendus la veille. L'histoire partait
ensuite en parodie de caper movie à la Ocean's
eleven plutôt amusante, et dans une représentation des
électeurs des deux camps à peine caricaturée, dans laquelle
surnageait Randy, personnage définitivement culte.
Les interviews des deux auteurs
concernant ce tour de force se sont succédées, permettant
d'apprendre que l'épisode fut préparé bien en amont en prenant dès
le départ l'optique qu'Obama allait gagner (Parker avoua qu'ils
auraient été bien emmerdés si ça avait été le contraire, une
solution de secours n'ayant pas été envisagée). Dans un lien de
cause à effet évident, pas difficile de deviner pourquoi l'épisode
est qualitativement au-dessus de ceux qui l'ont précédé dans cette
deuxième partie de saison...
Le final vit ensuite l'enchainement
des très agréables Elementary School
Musical (parodie d'High School
Musical) et The Ungroundable
(dans lequel les gothiques de l'école voient arriver d'un mauvais
oeil la nouvelle mode "vampire", avec un Butters qui cartonne). Si
ces épisodes ne resteront pas dans les annales, ils ont le mérite
d'être très marrants et rythmés, chose à laquelle cette saison ne
nous avait pas forcément habitué.
Une 12ème année en demi-teinte
donc, qui rappelle fortement la très moyenne saison 10. Sachant que
Parker et Stone avaient à nouveau retrouvé leur mojo avec une
saison 11 excellente, on ne peut qu'attendre la 13ème avec
impatience. Il faut juste espérer que le duo se rappelle que les
meilleurs épisodes sont bien évidemment les plus travaillés. Au
boulot les gars !
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